DPI-M / PGT-M : tester un gène unique avant le transfert

Révisé médicalement le 20 juillet 2026 - Dr. Senai Aksoy
Couple consultant un rapport de génétique dans un atelier calme aux tons ardoise et ivoire — hero éditorial pour le PGT-M

À retenir

Le PGT-M combine FIV, biopsie de blastocyste et un test de laboratoire construit autour d'un variant monogénique familial connu. Il réduit la chance de transférer un embryon atteint de cette maladie ciblée. Il ne garantit ni grossesse, ni naissance vivante, ni bébé « sans risque ».

Sources clés : Avis ASRM : indications et prise en charge du PGT-M (2023) Recommandations ESHRE de bonne pratique pour le PGT monogénique (2020) Avis ACOG : tests génétiques préimplantatoires (2020)

Dans cet article

Quand une famille connaît déjà le gène en cause, la question n’est presque jamais : « Peut-on tout tester ? » Elle ressemble plutôt à ceci : peut-on réduire la chance de transférer un embryon porteur de cette maladie — sans faire croire que la FIV devient sans risque ?

Le PGT-M — preimplantation genetic testing for monogenic disorders, aussi appelé DPI-M — s’appelait souvent PGD. Le laboratoire cherche la mutation familiale déjà documentée (ou une stratégie de liaison validée), pas toutes les maladies du génome. Ce cadrage est l’essentiel. Il peut affiner la sélection pour une maladie cible. Il ne remplace ni le conseil génétique, ni le suivi prénatal, ni des attentes réalistes sur la FIV.

Qu’est-ce que le PGT-M ?

Réponse courte : C’est un test ADN ciblé sur quelques cellules d’embryon — le plus souvent au stade blastocyste — construit autour d’un variant monogénique familial connu, pour favoriser le transfert d’embryons non atteints pour cette maladie précise.

En pratique, il s’appuie sur une FIV : stimulation, fécondation, culture, puis biopsie de trophectoderme et un test de laboratoire conçu pour votre variant. L’objectif est plus étroit que beaucoup de résumés en ligne le suggèrent. Il réduit la chance de transférer un embryon atteint de cette affection héréditaire (PMID: 37162432). Il ne passe pas en revue tous les chromosomes — c’est le PGT-A — et ne garantit ni grossesse ni naissance vivante.

À qui s’adresse-t-il ?

Réponse courte : On l’envisage souvent quand l’un ou les deux partenaires portent un variant pathogène connu, que le risque de transmettre une maladie monogénique est réel, que la mutation familiale est confirmée (ou peut l’être), et que le couple est prêt pour une FIV, une biopsie, une congélation et parfois un transfert différé.

On en parle notamment pour la mucoviscidose, la thalassémie, la drépanocytose, la maladie de Huntington, et certains syndromes de prédisposition au cancer. Le rapport de génétique et la loi du pays de traitement restent décisifs. Être « porteur » sur un panel de dépistage ne suffit pas. Le laboratoire a besoin d’une cible moléculaire précise avant qu’une analyse embryonnaire soit fiable.

Comment se déroule le PGT-M ?

Réponse courte : Sept étapes : conseil et conception du test ; stimulation et ponction ; fécondation (souvent ICSI) et culture jusqu’au blastocyste ; biopsie de trophectoderme ; test ciblé ; classement des embryons non atteints ; puis transfert — souvent congelé une fois les résultats connus.

ÉtapeCe qui se passe
1Conseil génétique et conception / validation du test (sondes, marqueurs de liaison, contrôles)
2Stimulation FIV et ponction
3Fécondation (souvent ICSI pour limiter la contamination par l’ADN spermatique) et culture jusqu’au jour 5–6
4Biopsie de trophectoderme
5Test génétique ciblé du variant familial
6Classement des embryons non atteints pour la maladie cible
7Transfert — souvent congelé (TEC) après les résultats

La première étape est le goulot silencieux. Sans conception de test validée, demander un PGT-M « rapide » ne rend pas le parcours plus sûr. En général, cela le rend moins fiable.

Pourquoi la préparation prend du temps ?

Réponse courte : Avant la première biopsie, l’équipe confirme le variant familial exact sur des rapports officiels, conçoit sondes ou marqueurs de liaison si besoin, prépare les contrôles, et aligne le calendrier FIV avec celui du laboratoire de génétique.

Ce travail reste invisible… jusqu’à ce qu’un document manque. Alors tout attend. Biopsie, génétique et congélation sont aussi souvent facturées à part du cycle de base — voir le détail des add-ons sur la page coût de la FIV.

Ce que le PGT-M peut et ne peut pas faire

Réponse courte : Il peut réduire la chance de transférer un embryon atteint de la maladie monogénique ciblée. Il ne peut pas garantir l’implantation ou une naissance vivante, remplacer un PGT-A prévu séparément, créer des embryons s’il n’en se développe aucun, ni promettre qu’un embryon non atteint sera toujours là.

Peut : réduire la chance de transférer un embryon atteint de la maladie monogénique ciblée.

Ne peut pas :

Certains cycles se terminent sans embryon non atteint transférable. C’est dur. Il vaut mieux le nommer avant la stimulation (PMID: 37162432).

Les grades morphologiques (4AA, 4BB…) décrivent encore seulement l’apparence. Ils ne remplacent pas un résultat génétique — voir notation des embryons en FIV.

Pourquoi le conseil génétique compte

Réponse courte : Une bonne prise en charge PGT-M ne se résume pas à un oui/non. Elle clarifie ensemble : quelle maladie est ciblée, comment les résultats sont libellés, si les embryons porteurs sont acceptables, si une confirmation prénatale reste proposée, que faire s’il n’y a pas d’embryon adapté, et ce que la loi autorise là où vous vous faites soigner — y compris les règles turques de PMA.

Ces échanges sont médicaux et pratiques. Parfois éthiques aussi. Les précipiter crée rarement des décisions plus simples ensuite.

Organisation pratique pour les patientes internationales

Réponse courte : La conception du test demande souvent 4 à 8 semaines après les rapports de génétique officiels. Beaucoup de couples prévoient trois passages : un bilan court, un retour pour stimulation et biopsie, puis une brève visite de TEC une fois les résultats prêts.

Questions à discuter avant de décider

Réponse courte : Emportez cette liste chez votre équipe — comme aide-mémoire, pas comme script commercial.

Le regard clinique du Dr Aksoy

« J’explique d’abord que le PGT-M est très précis, mais qu’il n’annule pas complètement le risque d’erreur diagnostique. La phrase que j’utilise avec les couples : le PGT-M réduit fortement la chance que le bébé porte la maladie ciblée ; comme il s’agit d’un test sur quelques cellules de trophectoderme qui contribueront plus tard au placenta, nous proposons toujours une confirmation prénatale par biopsie de villosités choriales (CVS) ou amniocentèse. L’ACOG et l’ASRM recommandent que ce diagnostic prénatal de confirmation soit proposé dans toute grossesse après PGT-M — proposition et conseil, pas obligation pour chaque couple. Après conseil génétique, le couple peut accepter ou refuser. Point pratique : le DPNI (NIPT) ne remplace pas la CVS ni l’amniocentèse lorsque l’objectif est d’exclure le variant monogénique familial précis.

« Je renforce la recommandation vers « je vous conseillerais presque toujours de le faire » quand la maladie est sévère, à début précoce ou menaçante pour la vie ; quand la poursuite de la grossesse pourrait dépendre du résultat ; quand le test a été construit autour d’un variant de novo ou d’échantillons familiaux limités ; quand le laboratoire signale une précision réduite, des limites techniques, ou un résultat antérieur non concluant suivi d’une nouvelle biopsie ; ou dans certaines situations liées à l’X où une porteuse peut développer des symptômes. Dans un test familial standard, bien validé, avec résultat « non atteint » sans réserve technique, je propose aussi la confirmation — mais nous pesons ensemble le petit risque résiduel du test, le petit risque de l’acte invasif, et ce que le couple ferait de l’information : la confirmation médicale donne la plus haute confiance ; la façon de pondérer le reste est une décision personnelle.

« Sur les embryons « porteurs » : le mot ne signifie pas la même chose selon le mode de transmission. Dans une maladie autosomique récessive classique, un embryon avec une seule mutation n’est en général pas atteint ; dans les maladies liées à l’X, dominantes, ou où la porteuse peut être symptomatique, je ne parle pas avec la même tranquillité. S’il existe un embryon non atteint et non porteur, je préfère en général le transférer en premier. S’il ne reste que des embryons porteurs non atteints dans une maladie récessive classique sans expression clinique chez le porteur, le transfert peut être raisonnable — en précisant que l’enfant pourra transmettre le gène et devrait consulter en génétique avant de planifier une grossesse plus tard. Idéalement, ces points sont tranchés dans le consentement avant les résultats : les porteurs sont-ils transfériables ? Les non-porteurs passent-ils d’abord ? Que faire s’il ne reste que des porteurs ? Qu’en est-il des résultats non concluants ? Mais toutes les décisions n’ont pas à être verrouillées de façon irréversible avant les résultats. Un compte rendu inattendu ou nuancé peut être relu avec la génétique clinique sans détruire aucun embryon. Ma phrase : nous discutons les préférences avant les résultats ; après, nous gardons le droit de relire le sens génétique — et nous ne précipitons pas un choix sans retour.

« Enfin, sur le « PGT-M rapide » avant que la conception du test soit terminée : le PGT-A regarde les chromosomes de façon générale ; le PGT-M construit une empreinte génétique familiale autour de votre mutation. Si la biopsie est faite avant que ce plan soit prêt, la façon de lire l’échantillon peut ne pas encore être fixée. Les marqueurs de liaison et les haplotypes servent surtout à réduire le risque que l’allèle muté n’amplifie pas et qu’un embryon atteint paraisse non atteint (allele dropout). Sauter la préparation peut signifier une fausse direction négative, une mauvaise classification, un résultat non concluant, une seconde biopsie après décongélation et recongélation, ou même l’impossibilité de construire un test fiable alors que des embryons existent déjà — sans parler du retard et du coût. La ponction n’a pas toujours à attendre la fin de la conception du test : chez une patiente plus âgée ou à réserve basse, on peut créer et congeler des embryons. Certains laboratoires acceptent une biopsie de blastocyste avant développement complet si une coordination écrite est déjà en place — mais cette acceptation doit être écrite avant la biopsie, et le conditionnement / l’amplification doivent correspondre à la méthode PGT-M prévue. Ma phrase : nous pouvons ne pas retarder la ponction ; nous ne faisons pas de biopsie à l’aveugle sans accord du laboratoire et sans plan de test. La bonne vitesse en PGT-M n’est pas de sauter la préparation — c’est de coordonner laboratoire de génétique, équipe FIV et échantillons familiaux pour que création d’embryons et développement du test avancent en parallèle, en sécurité. »

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Questions fréquentes

Le PGT-M est-il la même chose qu’une FIV standard ?

Réponse courte : Non. La FIV est la plateforme. Le PGT-M ajoute biopsie et test ciblé pour une maladie héréditaire connue.

Le PGT-M garantit-il un bébé en bonne santé ?

Réponse courte : Non. Il réduit la chance de transférer un embryon atteint de la maladie ciblée. La grossesse et les autres risques médicaux gardent leur propre discussion.

Peut-on faire un PGT-M sans connaître la mutation exacte ?

Réponse courte : En général non. Le laboratoire a d’abord besoin d’un variant familial clairement identifié — ou d’une autre stratégie validée.

Un cycle peut-il se terminer sans embryon transférable ?

Réponse courte : Oui. Les embryons peuvent ne pas se développer, être tous atteints, ou aucun embryon non atteint n’être disponible.

Faut-il encore un test prénatal après PGT-M ?

Réponse courte : Souvent oui. Beaucoup de programmes proposent encore une confirmation prénatale, car le test embryonnaire, bien qu’utile, n’est pas traité comme infaillible.

PGT-M et PGT-A sont-ils la même chose ?

Réponse courte : Non. Le PGT-M porte sur une maladie monogénique précise. Le PGT-A porte sur le nombre de copies chromosomiques. Ce sont deux questions différentes, combinées seulement si c’est cliniquement justifié.

Sources

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre fondateur de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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