Compléments alimentaires et fertilité masculine : ce qui peut aider et ce qu'ils ne remplacent pas
À retenir
Certains essais montrent de petites variations de paramètres spermatiques, notamment de la mobilité, mais les données actuelles ne prouvent pas que les compléments augmentent les naissances vivantes. Ils ne diagnostiquent ni ne traitent une varicocèle, un trouble hormonal, une obstruction ou une cause génétique, et ne doivent pas retarder le bilan des deux partenaires.
Sources clés : AUA/ASRM — Mises à jour sur l'infertilité masculine (2024) OMS — Recommandations sur l'infertilité (2025) Revue systématique de 50 essais randomisés (2025)
Devant un spermogramme anormal, chercher quelque chose à prendre est compréhensible. Les compléments sont faciles à trouver ; savoir ce qu’ils peuvent réellement changer l’est moins.
Un nutriment peut participer au fonctionnement du spermatozoïde sans que sa prise en gélule augmente les chances d’avoir un enfant. Avant de choisir un produit, il faut donc préciser le problème à traiter et vérifier qu’une cause médicale n’est pas passée inaperçue.
Stress oxydatif : pourquoi étudier les antioxydants ?
Les antioxydants sont étudiés parce qu’ils pourraient limiter certaines lésions des spermatozoïdes. Cette explication biologique ne suffit pas à démontrer un bénéfice sur la fertilité.
Les espèces réactives de l’oxygène, souvent abrégées en ERO, sont des molécules impliquées dans le fonctionnement des cellules. En excès, elles peuvent endommager les spermatozoïdes. En petite quantité, elles participent aussi aux étapes nécessaires à la fécondation : l’objectif n’est donc pas de les éliminer.
L’EAU déconseille leur mesure systématique dans le sperme lors du bilan habituel. Un résultat de spermogramme ne permet pas, à lui seul, de conclure à un excès de stress oxydatif ni de choisir un antioxydant.
Que concluent les recommandations et les études ?
Les données ne justifient pas de proposer des antioxydants à tous les hommes ayant des difficultés à concevoir. Les recommandations expriment cette incertitude de façons différentes.
- L’AUA/ASRM considère leur utilité clinique comme incertaine et les données insuffisantes pour recommander un complément précis.
- L’EAU déconseille leur utilisation systématique lorsque la cause de l’infertilité masculine reste inexpliquée. Il s’agit d’une recommandation faible.
- L’OMS, en 2025, n’a pu formuler de recommandation pour ou contre ces produits chez les hommes de couples infertiles dont les paramètres spermatiques sont anormaux. Cette absence de recommandation ne constitue pas une preuve d’efficacité.
La revue Cochrane de 2022 suggère un possible bénéfice sur les naissances vivantes, mais avec une très faible certitude. Ce signal n’est plus retrouvé lorsque les études à haut risque de biais sont exclues. Il serait donc inexact de dire qu’aucune étude n’a jamais donné de résultat positif ; il serait tout aussi inexact de présenter ce bénéfice comme établi.
Une revue de 2025 réunissant 50 essais randomisés n’a pas retrouvé d’effet convaincant sur les grossesses ou les naissances vivantes. Certains résultats du spermogramme s’amélioraient, avec des preuves généralement faibles ou très faibles. Un meilleur chiffre au laboratoire ne permet pas de prédire, à lui seul, l’issue du parcours du couple.
CoQ10, carnitine, zinc : que sait-on de chaque ingrédient ?
Aucune formule ne dispose de preuves suffisamment solides pour être présentée comme le complément de référence. Les produits, les doses et les populations étudiées diffèrent beaucoup.
Coenzyme Q10 et carnitine
La CoQ10 participe à la production d’énergie dans les cellules. La carnitine intervient dans l’utilisation des graisses comme source d’énergie. Des essais rapportent une amélioration de la mobilité des spermatozoïdes avec ces produits, mais la synthèse de 2025 ne permet pas d’en déduire un bénéfice fiable sur les naissances vivantes.
Zinc et acide folique
Dans l’essai FAZST publié en 2020, 2 370 couples engagés dans un parcours de traitement de l’infertilité ont été suivis. Les hommes recevaient soit du zinc et de l’acide folique, soit un placebo.
La prise quotidienne de 30 mg de zinc élémentaire et de 5 mg d’acide folique pendant six mois n’a pas amélioré significativement les principaux paramètres du sperme ni le taux de naissances vivantes. Des troubles digestifs étaient plus fréquents. Ces quantités décrivent un protocole de recherche, pas une posologie à reproduire.
Vitamines, sélénium et N-acétylcystéine
Ces substances sont souvent proposées seules ou en association. La revue de 2025 retrouve notamment un signal sur la mobilité avec le sélénium, sans établir un bénéfice sur les naissances. Les résultats obtenus avec un mélange ne permettent pas d’attribuer son effet à chaque ingrédient, ni de valider une autre formule commerciale.
Les fortes doses sont-elles sans risque ?
Cumuler plusieurs produits peut augmenter les doses sans améliorer les résultats. Les effets indésirables et les interactions dépendent des ingrédients, des quantités et des traitements déjà pris.
Une revue narrative de 2025 sur le stress réducteur examine un risque biologique : un excès d’antioxydants pourrait déséquilibrer les réactions nécessaires au fonctionnement du spermatozoïde. Elle rassemble des données cliniques et expérimentales ; elle ne permet pas d’affirmer que toute cure provoque ce phénomène, ni de chiffrer une baisse de fertilité chez un homme donné.
Il n’existe pas de dose universelle validée pour améliorer la fertilité masculine. Avant une prise, faites vérifier la composition de l’ensemble de vos produits et vos traitements par un médecin ou un pharmacien. Les troubles digestifs observés dans l’essai zinc–acide folique rappellent qu’un produit vendu sans ordonnance peut avoir des effets indésirables.
Avant une cure, quel bilan faut-il prévoir ?
Le bilan cherche une cause et aide à décider de la suite. Une cure de compléments ne doit pas en retarder le début.
L’EAU recommande une évaluation de l’homme et une prise en compte de la fertilité de sa partenaire. Le médecin examine les antécédents, les traitements, les résultats du spermogramme et, selon la situation, les facteurs hormonaux ou anatomiques. Il arrive qu’aucune cause précise ne soit retrouvée : un bilan utile ne garantit pas toujours une explication complète.
Une anomalie importante du sperme, une absence de spermatozoïdes, un antécédent testiculaire ou la prise de testostérone ou de stéroïdes anabolisants justifient un avis sans attendre une cure. Une varicocèle mérite une évaluation ; sa présence n’impose pas automatiquement une opération.
Pour un couple sans facteur de risque connu, l’ASRM recommande habituellement un bilan après douze mois sans grossesse, ou six mois lorsque la partenaire a 35 ans ou plus. Une anomalie connue peut justifier de commencer plus tôt. Ces repères ne constituent pas une durée pendant laquelle il faudrait essayer des compléments.
Selon les résultats, la prise en charge peut comprendre un traitement de la cause ou une assistance médicale à la procréation. La FIV avec ICSI peut être discutée dans certaines situations ; elle n’est pas la conséquence automatique d’un spermogramme anormal.
L’approche du Dr Aksoy : une éventuelle cure, sans retarder le bilan
Dans sa pratique, le Dr Aksoy peut envisager un essai de compléments de trois mois au maximum, associé à des mesures d’hygiène de vie, si l’anomalie du spermogramme est isolée et légère. Il faut aussi que la partenaire soit jeune, que sa réserve ovarienne et son bilan tubaire soient favorables, que les difficultés de conception soient récentes et qu’il n’existe pas de facteur masculin sévère.
Il ne consacre pas plusieurs mois à une cure lorsque la réserve ovarienne est limitée, que l’infertilité dure ou que l’âge de la partenaire avance, notamment au-delà de 35–38 ans. Cette plage d’âge est un repère dans son appréciation du dossier, pas un seuil universel autorisant à attendre jusque-là.
Une diminution sévère du nombre, de la mobilité et de la proportion de spermatozoïdes de forme normale, ou une absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat, conduit également à avancer dans l’évaluation andrologique. Selon le bilan du couple, la suite peut être une insémination intra-utérine, une FIV ou une ICSI ; ces options ne conviennent pas toutes aux mêmes situations.
Le Dr Aksoy prend cette décision sans demander systématiquement un test de stress oxydatif. Il souligne que les données ne montrent pas suffisamment que son utilisation améliore les décisions thérapeutiques et les naissances vivantes. Cette pratique rejoint la recommandation de l’EAU contre les tests ROS de routine.
Questions à poser avant de commencer
- Quel problème cherche-t-on à corriger avec ce produit ?
- Le bénéfice attendu concerne-t-il le spermogramme ou les chances de grossesse ?
- Y a-t-il des ingrédients déjà présents dans mes autres compléments ?
- Quand referons-nous le point, et qu’est-ce qui conduira à arrêter ?
- Le bilan et les autres étapes du parcours peuvent-ils avancer pendant ce temps ?
Faut-il attendre trois mois pour confirmer un spermogramme anormal ?
Pas systématiquement. L’EAU recommande au moins deux spermogrammes si le premier est anormal. Le délai dépend du résultat et du contexte. Une réévaluation après environ trois mois peut servir à suivre une intervention, mais ne doit pas retarder l’exploration d’une anomalie importante.
Un meilleur spermogramme prouve-t-il que le complément fonctionne ?
Non. Il faut tenir compte de la variabilité des examens et des autres changements intervenus entre les prélèvements. Même si une amélioration est réelle, elle ne prouve pas que le produit augmente les chances de naissance vivante, comme le rappelle la revue des essais de supplémentation.
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Sources
- American Urological Association et American Society for Reproductive Medicine. Updates to Male Infertility: AUA/ASRM Guideline (2024). J Urol. 2024;212(6):789–799. doi:10.1097/JU.0000000000004180.
- Association Européenne d’Urologie. EAU Guidelines on Sexual and Reproductive Health — Male Infertility (2026).
- Organisation Mondiale de la Santé. Guideline for the prevention, diagnosis and treatment of infertility — chapitre sur les facteurs masculins (2025). Genève: OMS; 2025.
- de Ligny W, et al. Antioxidants for male subfertility. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2022;(5):CD007411. doi:10.1002/14651858.CD007411.pub5. Cochrane.
- Schisterman EF, et al. Effect of Folic Acid and Zinc Supplementation in Men on Semen Quality and Live Birth Among Couples Undergoing Infertility Treatment: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2020;323(1):35-48. doi:10.1001/jama.2019.18714. PubMed.
- Michaelsen MP, et al. The Effect of Dietary Supplements on Male Infertility in Terms of Pregnancy, Live Birth, and Sperm Parameters: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients. 2025;17(10):1710. doi:10.3390/nu17101710. PubMed.
- Moustakli E, et al. Reductive stress and the role of antioxidants in male infertility: a narrative review. Archives of Gynecology and Obstetrics. 2025;312(5):1503–1514. doi:10.1007/s00404-025-08184-3. PubMed.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine. Fertility evaluation of infertile women: a committee opinion (2021). Fertility and Sterility. 2021;116:1255–1265.
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