Prolactine élevée chez la femme (hyperprolactinémie)
À retenir
Une prolactine au-dessus de la norme ne signifie pas automatiquement qu'il existe un prolactinome. Chez une femme ayant des cycles réguliers et aucun symptôme, le dosage n'est pas systématique. Une valeur modérément élevée se confirme dans de bonnes conditions, avec recherche de macroprolactine. Lorsqu'un traitement est nécessaire, la cabergoline est généralement le premier choix.
Sources clés : Recommandation ESHRE sur l'infertilité inexpliquée (2023) Consensus de la Pituitary Society sur le prolactinome (2023) Revue systématique sur la prévalence de la macroprolactinémie (2020)
Dans cet article
- Comprendre un résultat élevé
- Les causes et le dosage
- Le regard du Dr Aksoy sur les valeurs limites
- La démarche diagnostique
- Comment interpréter une valeur élevée
- Les traitements
- Prolactine et FIV
- Grossesse et prolactinome
- Questions fréquentes
Recevoir un résultat de prolactine élevé peut être inquiétant, surtout lorsqu’il dépasse à peine la norme. Pourtant, ce chiffre ne suffit pas à poser un diagnostic. La première question n’est pas forcément « quel traitement ? », mais plutôt « cette mesure est-elle fiable et cohérente avec les symptômes ? »
Prolactine élevée : ce que disent les recommandations 2023
Réponse courte : une prolactine élevée doit être interprétée avec les symptômes et les conditions du prélèvement. Un chiffre isolé ne prouve pas l’existence d’une tumeur hypophysaire.
- Le dépistage systématique de la prolactine chez toutes les femmes infertiles n’est pas recommandé. L’ESHRE 2023 le précise : il faut tester uniquement en présence de symptômes (cycles irréguliers, galactorrhée, anovulation, signes de tumeur hypophysaire).
- La cabergoline est le traitement de première intention validé par le Consensus international de la Pituitary Society 2023 et par l’Endocrine Society.
- La macroprolactine — une forme inactive de prolactine — est présente chez environ 19 % des patients ayant une prolactine élevée (méta-analyse internationale, 67 études, 27 pays). Y penser évite des traitements inutiles.

La prolactine : rôle et régulation
Réponse courte : la prolactine est surtout connue pour son rôle dans la lactation. En dehors de la grossesse et de l’allaitement, elle reste habituellement basse.
Cette hormone est produite par l’avant de l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Sa sécrétion est normalement freinée par la dopamine. Un médicament ou une situation qui perturbe ce frein peut donc faire monter la prolactine.
Le stress, le sommeil, la stimulation du mamelon, un effort intense ou même la prise de sang peuvent provoquer une hausse passagère.
La Pituitary Society 2023 indique que le stress de la ponction veineuse peut multiplier temporairement le taux par deux à quatre. Voilà pourquoi un résultat isolé doit toujours être replacé dans son contexte.
Hyperprolactinémie ou prolactinome : ne pas confondre
Réponse courte : l’hyperprolactinémie est un résultat de laboratoire. Le prolactinome n’est qu’une cause possible parmi d’autres.

L’hyperprolactinémie est un résultat biologique : un taux de prolactine au-dessus de la normale. Elle a de nombreuses causes possibles, dont certaines sont parfaitement physiologiques.
Le prolactinome est une cause précise d’hyperprolactinémie : un adénome bénin de l’hypophyse qui sécrète directement de la prolactine. On distingue :
- le microprolactinome (moins de 10 mm),
- le macroprolactinome (10 mm ou plus), qui peut comprimer les structures voisines.
Comme repère clinique, une prolactine supérieure à 200 ng/mL oriente fortement vers un prolactinome. En dessous de ce seuil, il faut aussi envisager d’autres explications : médicaments, hypothyroïdie, stress du prélèvement ou macroprolactine. L’IRM se décide après cette première mise au point, pas sur un chiffre isolé.
Causes de l’hyperprolactinémie
Réponse courte : avant de parler de traitement, il faut comprendre pourquoi la prolactine est élevée. La cause peut être physiologique, médicamenteuse, hormonale ou hypophysaire.
Causes physiologiques
Grossesse, allaitement, stimulation du mamelon, sommeil, stress, rapports sexuels récents, effort intense, repas riche en protéines, alcool — tous peuvent faire monter la prolactine de façon transitoire. Une valeur modérément élevée justifie souvent un contrôle dans de meilleures conditions avant d’aller plus loin.
Causes médicamenteuses
Beaucoup de traitements peuvent élever la prolactine, principalement parce qu’ils bloquent l’action inhibitrice de la dopamine :
- Antipsychotiques — la rispéridone et la palipéridone sont les plus prolactinogènes ; l’halopéridol, l’amisulpride, l’olanzapine sont à risque modéré ; l’aripiprazole, la quétiapine et la clozapine ont un effet plus faible.
- Antiémétiques et prokinétiques : métoclopramide, dompéridone.
- Antidépresseurs : ISRS (effet modeste), tricycliques, IMAO.
- Autres : opioïdes, vérapamil, méthyldopa, œstrogènes à forte dose, antihistaminiques H2 à forte dose.
Un médicament suspect ne doit jamais être arrêté seul. Seule l’équipe qui l’a prescrit peut évaluer le rapport bénéfice/risque et proposer une alternative.
Causes médicales
- Prolactinome et autres adénomes hypophysaires (effet de tige pituitaire : prolactine généralement < 100 ng/mL si la tumeur ne sécrète pas elle-même de la prolactine).
- Hypothyroïdie primaire — par stimulation indirecte via la TRH.
- Insuffisance rénale chronique (réduction de la clairance).
- Cirrhose.
- Atteintes de la paroi thoracique : zona, post-thoracotomie, brûlures sévères.
- Hyperprolactinémie idiopathique : environ 40 % des cas, dont beaucoup sont en réalité de la macroprolactine.
Macroprolactine : le piège diagnostique à connaître
La macroprolactine est une forme de prolactine liée à une immunoglobuline (IgG). Les dosages habituels la détectent, mais elle est peu active biologiquement et explique rarement les symptômes attribués à une véritable hyperprolactinémie.
Elle est loin d’être exceptionnelle. Une méta-analyse portant sur 67 études dans 27 pays l’a retrouvée chez environ 19 % des personnes ayant une prolactine élevée. Chez les femmes infertiles, l’estimation se situe autour de 11 à 13 %.
La Pituitary Society recommande de la rechercher lorsque la prolactine est modérément élevée, surtout si le résultat ne correspond ni aux symptômes ni à l’imagerie. Le laboratoire utilise généralement une précipitation au PEG pour distinguer la prolactine réellement active. Cette étape peut éviter un traitement ou une IRM inutiles.
Note clinique
Quand faut-il doser la prolactine ?
Réponse courte : le dosage n’est pas systématique dans tout bilan d’infertilité. Il devient utile lorsque les cycles, les symptômes ou le contexte clinique font suspecter un trouble de la prolactine.
L’ESHRE 2023 recommande de ne pas tester la prolactine en routine chez les femmes ayant des cycles réguliers et une infertilité inexpliquée.
Une cohorte britannique (Zargar-Shoshtari et al., 2022) va dans le même sens : les élévations, le plus souvent légères, n’étaient pas associées à une baisse des naissances vivantes.
Le regard clinique du Dr Aksoy
« Les cas qui demandent le plus de discernement ne sont pas toujours les taux très élevés. Ce sont souvent les résultats limites, autour de 50 % au-dessus de la limite supérieure du laboratoire. Les sociétés savantes recommandent, à juste titre, de ne pas doser la prolactine sans indication clinique. Malgré cela, de nombreuses femmes arrivent en consultation avec un résultat déjà en main. Le chiffre devient alors une source d’inquiétude.
« Chez les femmes atteintes d’un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), les élévations légères ont longtemps été attribuées, au moins en partie, au contexte œstrogénique. Je préfère les replacer dans un cadre clinique plus large, car les intervalles de référence des laboratoires ne sont pas spécifiques au SOPK. Cela ne veut pas dire qu’une valeur élevée doit être considérée comme normale.
« Une étude publiée en 2025 n’a pas retrouvé d’hyperprolactinémie plus fréquente chez les femmes ayant un SOPK que chez les témoins. La plupart des élévations légères s’expliquaient par le stress de la prise de sang ou par la macroprolactine. En pratique, je confirme donc d’abord le résultat dans de bonnes conditions. Je vérifie ensuite les symptômes, les médicaments, la fonction thyroïdienne et la macroprolactine avant de retenir un diagnostic ou de proposer un traitement. »
Le dosage est en revanche justifié dans les situations suivantes :
- cycles irréguliers, oligoménorrhée ou aménorrhée,
- galactorrhée (écoulement lacté en dehors de l’allaitement),
- anovulation documentée,
- maux de tête ou troubles visuels évocateurs d’un adénome hypophysaire,
- bilan de syndrome des ovaires polykystiques (la prolactine fait partie du diagnostic différentiel selon les recommandations internationales 2023),
- traitement par antipsychotique ou autre médicament prolactinogène avec des symptômes hormonaux.
Pour les fausses couches à répétition, l’opinion 2026 du comité de pratique de l’ASRM conclut qu’il n’y a pas de preuve de qualité reliant la prolactine aux fausses couches à répétition et ne recommande pas un dosage systématique en l’absence de symptômes.
Symptômes de l’hyperprolactinémie
Réponse courte : les premiers signes sont souvent des cycles irréguliers, une absence d’ovulation ou un écoulement lacté. Certaines personnes n’ont toutefois aucun symptôme évident.
Chez la femme
- Cycles irréguliers ou absents (oligoménorrhée, aménorrhée).
- Anovulation et difficultés de conception.
- Galactorrhée : écoulement lacté spontané ou provoqué, en dehors de l’allaitement.
- Baisse de libido, sécheresse vaginale, troubles de l’humeur.
Chez l’homme
- Baisse de libido, troubles de l’érection.
- Altération possible du spermogramme (concentration, mobilité, morphologie).
- Plus rarement gynécomastie.
Symptômes liés à une tumeur hypophysaire
Lorsqu’un macroprolactinome comprime les structures voisines, des maux de tête persistants et des troubles visuels (rétrécissement du champ visuel par compression du chiasma optique) peuvent apparaître. D’autres déficits hormonaux hypophysaires peuvent s’y associer et doivent être recherchés.
Conséquences à long terme
Une hyperprolactinémie prolongée peut entraîner un déficit en œstrogènes ou en testostérone, avec un retentissement possible sur la santé osseuse (déminéralisation), le moral, le sommeil et la sexualité. Ces dimensions méritent d’être nommées au cours du suivi.
Mécanisme : pourquoi la prolactine bloque l’ovulation
Réponse courte : lorsqu’elle reste trop élevée, la prolactine peut perturber le dialogue entre le cerveau et les ovaires. L’ovulation devient alors moins régulière, voire absente.
La prolactine agit notamment sur la kisspeptine, un signal qui aide le cerveau à déclencher la sécrétion de GnRH. La GnRH commande ensuite les hormones FSH et LH, indispensables au développement du follicule et à l’ovulation.
Des travaux expérimentaux et cliniques ont confirmé ce mécanisme (Brown et al., 2019 ; Hoskova et al., 2022).
Lorsque cette chaîne est freinée, le follicule mûrit moins bien et l’ovulation peut s’interrompre. Corriger une hyperprolactinémie confirmée permet souvent de rétablir l’ovulation, sans préjuger des autres facteurs de fertilité.
Diagnostic : la démarche en pratique
Réponse courte : on confirme d’abord le résultat, puis on recherche une cause simple avant d’envisager une IRM. Cette séquence évite de médicaliser une élévation passagère.
1. Confirmer le dosage
La Pituitary Society recommande de contrôler tout résultat inférieur à cinq fois la limite supérieure de la normale. Si le stress de la prise de sang paraît important, un prélèvement après repos — parfois à l’aide d’un cathéter déjà en place — peut être plus fiable.
En pratique :
- suivre les consignes du laboratoire et rester assise au calme avant un prélèvement en milieu de matinée,
- pas d’effort intense, pas de stimulation du mamelon ni de repas copieux dans les 1 à 2 heures précédentes,
- contrôler une valeur modérément élevée après un temps de repos avant tout autre examen ; si l’effet du stress reste probable, un prélèvement sur cathéter veineux peut aider.
Repères pour interpréter une valeur élevée
| Situation | Ce qu’elle peut évoquer | Étape généralement utile |
|---|---|---|
| Une seule valeur légèrement élevée, sans symptôme | Stress du prélèvement ou variation passagère | Refaire le dosage dans de bonnes conditions |
| Valeur modérément élevée avec peu de signes cliniques | Macroprolactine possible | Demander au laboratoire une recherche de macroprolactine |
| Cycles irréguliers, galactorrhée ou anovulation | Hyperprolactinémie biologiquement active possible | Confirmer le résultat et rechercher la cause |
| SOPK avec élévation légère | Le SOPK ne suffit pas à expliquer le résultat | Appliquer la même vérification : repos, médicaments, thyroïde, macroprolactine |
2. Écarter les causes simples
- TSH pour exclure une hypothyroïdie.
- Urée/créatinine et bilan hépatique selon le contexte.
- β-hCG pour exclure une grossesse.
- Revue complète des médicaments.
- Rechercher la macroprolactine (précipitation au PEG) si la prolactine est modérément élevée (< 200 ng/mL) ou si le tableau clinique ne colle pas.
3. IRM hypophysaire
Une IRM de l’hypophyse se discute lorsque l’élévation est confirmée et qu’aucune cause simple ne l’explique. Elle sert à rechercher un adénome et, si nécessaire, à en suivre l’évolution. Le protocole d’imagerie est choisi par l’équipe médicale selon la situation.
4. L’effet « hook » : un piège à connaître
Avec un très grand adénome, le laboratoire peut parfois sous-estimer la prolactine. Ce phénomène, appelé « effet hook », est rare mais important à connaître. Si l’image et le résultat sanguin ne concordent pas, le laboratoire peut répéter le dosage après dilution de l’échantillon.
5. Champ visuel
Indiqué si l’imagerie montre que l’adénome touche ou comprime le chiasma optique. Pendant la grossesse, le champ visuel est contrôlé à chaque trimestre pour les macroadénomes ; uniquement en cas de symptômes pour les microadénomes.
Traitement : la cabergoline en première intention
Réponse courte : lorsqu’un traitement médicamenteux est indiqué, la cabergoline est généralement le premier choix. La décision dépend toutefois de la cause, des symptômes, du projet de grossesse et de la tolérance individuelle.
Cabergoline
La cabergoline est l’agoniste dopaminergique recommandé en première intention par la Pituitary Society 2023 et l’Endocrine Society. Elle mime l’action inhibitrice de la dopamine sur la prolactine.
- La dose est déterminée et ajustée par le médecin selon le taux de prolactine, la présence éventuelle d’un adénome et la tolérance. Le traitement commence habituellement à faible dose, puis évolue par paliers.
- Les effets indésirables les plus fréquents sont les nausées, les maux de tête et les vertiges au lever. Ils sont souvent transitoires, mais doivent être signalés s’ils persistent.
- Lorsque l’excès de prolactine bloque l’ovulation, sa correction permet souvent au cycle de reprendre.
Dans un essai comparatif de référence, la cabergoline a normalisé la prolactine chez 83 % des patientes, contre 59 % avec la bromocriptine (Webster et al., 1994). Ces chiffres décrivent une population d’étude ; ils ne prédisent pas le résultat individuel.
Bromocriptine
La bromocriptine reste une option, notamment lorsqu’elle est déjà bien tolérée ou dans certaines situations liées à la grossesse. Son recul d’utilisation pendant la grossesse est important, mais les effets indésirables digestifs et les vertiges sont plus fréquents qu’avec la cabergoline.
Quinagolide
La quinagolide peut être envisagée en cas d’intolérance à la cabergoline. Elle n’est pas disponible dans tous les pays.
Traiter la cause sous-jacente
- Hypothyroïdie : la substitution thyroïdienne peut normaliser la prolactine à elle seule.
- Médicament en cause : l’équipe prescriptrice évalue un ajustement ou un remplacement, jamais un arrêt brutal sans avis spécialisé.
- Insuffisance rénale ou maladie chronique : la prise en charge de la maladie principale guide l’évolution.
Surveillance cardiaque : faut-il s’inquiéter ?
Les inquiétudes concernant les valves cardiaques viennent surtout de l’utilisation de doses élevées dans la maladie de Parkinson. Les doses prescrites pour l’hyperprolactinémie sont beaucoup plus faibles, et les données disponibles sont globalement rassurantes.
Une méta-analyse a observé davantage de petites fuites de la valve tricuspide visibles à l’échographie, sans maladie valvulaire cliniquement significative.
Une grande étude de cohorte n’a pas retrouvé d’excès d’insuffisance cardiaque ni de chirurgie valvulaire.
La Pituitary Society 2023 considère qu’un dépistage échocardiographique systématique n’est pas nécessaire aux doses endocriniennes. Une échocardiographie de base peut être discutée avant un traitement chronique, et répétée en cas de signes cliniques.
Chirurgie et radiothérapie
La chirurgie transsphénoïdale, réalisée par les voies nasales, concerne des situations sélectionnées :
- résistance ou intolérance aux agonistes dopaminergiques,
- adénomes kystiques (souvent moins répondants aux médicaments),
- compression persistante du chiasma optique,
- fuite de liquide céphalo-rachidien,
- macroprolactinome chez une femme planifiant plusieurs grossesses : la Pituitary Society 2023 note qu’une chirurgie de réduction tumorale avant grossesse diminue le risque d’augmentation symptomatique de la tumeur pendant la gestation de 21 % à 4,7 %.
Les résultats dépendent beaucoup de la taille et de l’extension de la tumeur, ainsi que de l’expérience de l’équipe chirurgicale. Une revue systématique de 25 études souligne cette variabilité ; ces chiffres doivent donc être discutés au cas par cas.
La radiothérapie est beaucoup plus rare, réservée aux tumeurs agressives ou persistantes malgré les autres approches.
Résistance au traitement médical
On parle de résistance lorsque la prolactine ne se normalise pas ou que la tumeur ne diminue pas suffisamment malgré la dose maximale tolérée. Cette situation reste minoritaire, surtout avec la cabergoline (Maiter, 2019).
L’équipe spécialisée peut alors ajuster le traitement, changer de médicament ou discuter une chirurgie. Les autres options concernent des formes rares et complexes.
Hyperprolactinémie et FIV
Réponse courte : une élévation légère et sans symptôme ne justifie pas automatiquement un traitement avant une FIV. Il faut d’abord confirmer qu’elle est réelle et cliniquement pertinente.
Faut-il traiter une hyperprolactinémie légère avant une FIV ?
Aucune donnée de bonne qualité ne soutient un traitement systématique des hyperprolactinémies légères asymptomatiques avant FIV. Plusieurs séries rétrospectives ont montré que les élévations modérées de la prolactine basale n’altèrent pas la fécondation, l’implantation ni les naissances vivantes.
Élévations transitoires pendant la stimulation
Pendant la stimulation ovarienne, la montée des œstrogènes peut faire augmenter temporairement la prolactine.
Cette variation est attendue et n’est pas associée à de moins bons résultats de FIV dans la revue de Sonigo et al., 2023. Elle ne justifie pas, à elle seule, de commencer un agoniste dopaminergique.
Poursuite du traitement pendant la stimulation
Chez une patiente déjà traitée, la conduite dépend du type d’adénome et du projet de grossesse. La cabergoline peut être poursuivie pendant la stimulation, puis réévaluée dès que la grossesse est confirmée. Cette décision appartient à l’équipe qui suit l’hyperprolactinémie.
Cabergoline pour la prévention du syndrome d’hyperstimulation ovarienne
Il s’agit d’une indication différente. Chez certaines patientes à risque de syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO), un traitement court par cabergoline peut réduire le risque de forme modérée à sévère, sans baisse démontrée du taux de grossesse clinique dans une revue Cochrane.
Le moment et la durée du traitement dépendent du protocole de FIV.
Hyperprolactinémie, prolactinome et grossesse
Réponse courte : la plupart des microprolactinomes restent stables pendant la grossesse. Les macroadénomes demandent une surveillance plus individualisée.
Risque de croissance tumorale pendant la grossesse
Les œstrogènes de la grossesse peuvent stimuler la croissance d’un prolactinome. Le risque dépend du type de tumeur :
- Microprolactinome : environ 3 % de croissance symptomatique.
- Macroprolactinome non opéré : 21 à 32 %.
- Macroprolactinome après chirurgie ou radiothérapie : environ 4,8 %.
Recommandations de la Pituitary Society 2023
- Microprolactinome et macroprolactinome intrasellaire non invasif : l’agoniste dopaminergique est arrêté à la confirmation de la grossesse.
- Macroprolactinome invasif ou proche du chiasma optique : la poursuite du traitement pendant la grossesse peut être envisagée ; une chirurgie de réduction tumorale avant conception est une alternative.
- Surveillance du champ visuel : à chaque trimestre pour les macroadénomes, uniquement sur symptômes pour les microadénomes.
- IRM sans gadolinium : à réaliser en cas de céphalées nouvelles ou de troubles visuels.
- Le dosage de prolactine n’est pas informatif pendant la grossesse (élévation physiologique).
- Reprise de l’agoniste à envisager en cas de croissance cliniquement significative de l’adénome.
Sécurité de la cabergoline en début de grossesse
Les données disponibles portent désormais sur plus de 1 300 grossesses exposées à la cabergoline. Une méta-analyse publiée en 2025 et une revue systématique de la même année n’ont pas mis en évidence d’augmentation des malformations majeures après une exposition au premier trimestre.
Cela ne signifie pas qu’il faut poursuivre automatiquement le traitement pendant la grossesse. La décision dépend du type d’adénome et se prend avec l’équipe médicale.
La bromocriptine dispose d’un recul historique encore plus important. Elle peut rester une alternative, notamment lorsqu’elle était déjà bien tolérée avant la grossesse.
Allaitement
L’allaitement n’est pas contre-indiqué pour un microprolactinome stable ou un macroprolactinome non évolutif. Les agonistes dopaminergiques inhibent la lactation ; ils sont donc habituellement suspendus pendant l’allaitement, sauf en cas de croissance tumorale.
Avant la conception
Avant un projet de grossesse, l’objectif est d’obtenir une prolactine stable et le retour de cycles réguliers. Cela facilite la datation de la grossesse et permet de décider à l’avance ce qu’il faudra faire du traitement lorsque le test deviendra positif.
Qualité de vie et accompagnement
Réponse courte : l’impact ne se résume pas à une valeur de laboratoire. Les symptômes peuvent toucher la sexualité, l’image de soi et le parcours de fertilité.
Les troubles du cycle, la galactorrhée, la fatigue ou les difficultés sexuelles peuvent peser sur la vie quotidienne et sur le couple. Ils méritent d’être abordés sans gêne pendant la consultation. Un soutien psychologique peut également être utile lorsque cette situation s’ajoute à un parcours d’infertilité ou de FIV.
En pratique
Réponse courte : une prolactine élevée est un signal à comprendre, pas un diagnostic à elle seule. La bonne démarche consiste à confirmer, contextualiser, puis traiter uniquement si la situation le justifie.
Les points essentiels sont les suivants :
- ne pas tester la prolactine de façon systématique chez toutes les femmes infertiles — tester en présence de symptômes ou de signes cliniques évocateurs,
- toujours penser à la macroprolactine lorsque la prolactine est modérément élevée et que les signes cliniques sont absents ou discordants,
- cabergoline en première intention lorsque le traitement médical est indiqué,
- arrêter le traitement à la confirmation de grossesse pour les microadénomes et la plupart des macroadénomes non invasifs, avec surveillance adaptée,
- ne pas traiter une hyperprolactinémie transitoire liée à la stimulation ovarienne ni une élévation modérée asymptomatique avant FIV.
Une fois la cause identifiée, la prise en charge est souvent simple. La normalisation de la prolactine peut permettre le retour de l’ovulation, mais elle ne résume jamais à elle seule l’ensemble du pronostic de fertilité.
FAQ
Faut-il doser la prolactine chez toutes les femmes infertiles ?
Non. L’ESHRE 2023 recommande de ne pas tester la prolactine en routine chez les femmes ayant une infertilité inexpliquée et des cycles réguliers. Le dosage est indiqué en cas de troubles du cycle, de galactorrhée, d’anovulation, de symptômes hypophysaires ou de syndrome des ovaires polykystiques.
Une prolactine modérément élevée est-elle toujours pathologique ?
Pas nécessairement. Le stress, la prise de sang elle-même, un sommeil court, certains médicaments ou la macroprolactine peuvent expliquer une valeur modérément élevée. La première étape est souvent de répéter le dosage dans de bonnes conditions et, si besoin, de rechercher la macroprolactine.
Qu’est-ce que la macroprolactine et pourquoi est-elle importante ?
La macroprolactine est une forme peu active que les dosages habituels comptent avec la prolactine. Elle représente environ 19 % des résultats élevés. La rechercher peut éviter un traitement ou une IRM lorsque le chiffre ne correspond pas aux symptômes.
Quand demande-t-on une IRM hypophysaire ?
L’IRM se discute lorsque l’élévation est confirmée et qu’aucune cause simple ne l’explique. Elle peut aussi être indiquée en cas de maux de tête inhabituels, de troubles visuels ou d’aménorrhée prolongée. Si l’image montre une très grande tumeur avec une prolactine étonnamment basse, le laboratoire vérifie aussi l’« effet hook ».
Cabergoline ou bromocriptine : laquelle choisir ?
La cabergoline est généralement choisie en premier, car elle est efficace et souvent mieux tolérée. La bromocriptine garde une place lorsqu’elle est déjà bien tolérée ou lorsque son recul historique pendant la grossesse est particulièrement utile. Le choix reste individuel.
Peut-on tomber enceinte sous cabergoline ?
Oui. Lorsque l’excès de prolactine empêchait l’ovulation, sa correction peut rendre la conception possible. À la confirmation de la grossesse, le traitement est généralement arrêté pour les microadénomes et certains macroadénomes non invasifs. La conduite exacte dépend toutefois du type de tumeur.
Faut-il traiter une hyperprolactinémie légère avant une FIV ?
En l’absence de symptômes, rien ne montre qu’un traitement systématique d’une élévation légère améliore les résultats de la FIV. Les hausses transitoires pendant la stimulation sont attendues. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à justifier un agoniste dopaminergique.
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